Sémiologie de l'image

Appliquer aux images les outils forgés pour la langue n'allait pas de soi. L'image n'a ni mots ni syntaxe, elle donne tout en même temps, et pourtant elle communique des contenus précis. Les travaux menés en France dans les années soixante ont dégagé les instruments qui servent encore.

Trois messages

Dans son analyse d'une publicité pour des pâtes italiennes, publiée en 1964, Roland Barthes distingue trois couches. Le message linguistique, d'abord, formé des mots présents dans l'image. Le message iconique dénoté ensuite, ce que l'image montre littéralement : des tomates, un filet, des paquets. Le message iconique connoté enfin, le réseau des valeurs culturelles que ces objets convoquent, ici l'italianité, la fraîcheur, la cuisine domestique. Le lecteur perçoit les trois d'un seul coup, l'analyse seule les sépare.

Ancrage et relais

Le texte qui accompagne une image ne la double pas, il la travaille. Barthes distingue deux fonctions. L'ancrage fixe le sens : une même photographie de foule change entièrement selon que la légende parle de fête ou d'émeute. Le relais fait avancer le récit, comme les dialogues d'une bande dessinée, qui portent une information que l'image ne montre pas. Toute image polysémique appelle un ancrage, et c'est par lui que s'exerce le contrôle idéologique de la signification.

Photographie

Barthes revient à la photographie en 1980 avec La chambre claire, où il abandonne largement l'appareil sémiologique. Il y oppose le studium, l'intérêt culturel et poli que l'on porte à une image, au punctum, ce détail imprévu qui blesse et qui saisit sans qu'on l'ait cherché. Ce déplacement de l'analyse vers l'affect a été lu comme un renoncement, il vaut plutôt comme constat des limites d'une méthode devant les images qui touchent réellement.

Cinéma

Christian Metz pose de son côté la question de savoir si le cinéma est une langue. Sa réponse est négative : le film n'a pas d'unités discrètes équivalentes aux phonèmes, ni de double articulation. Il propose alors la notion de grande syntagmatique, classement des manières d'enchaîner les plans, et montre que la spécificité du cinéma tient à ses codes de montage plutôt qu'à un vocabulaire.

Usages contemporains

Les outils issus de ces travaux servent aujourd'hui à l'analyse publicitaire, à la conception d'interfaces, à la critique des images de presse et à l'étude des contenus circulant sur les réseaux. La question de l'ancrage y a retrouvé une actualité brutale : une image authentique munie d'une légende fausse trompe plus efficacement qu'une image fabriquée, et c'est la relation entre les deux, non l'image seule, qui fait la désinformation.